QUELLE POLITIQUE D’EMPLOIS POUR CERGY-PONTOISE ?
La question de l’emploi reste la première préoccupation des français. C’est aussi sur notre territoire l’un des plus gros échecs du
président sortant de notre agglomération.
TROISIEME PARTIE : PROPOSITIONS POUR L’AVENIR
Echange gros arbre solitaire contre forêt de boulots
Les emplois, c’est comme les arbres. Une grande entreprise, c’est comme un conifère. C’est grand et ça pousse vite, mais en dessous,
le sous-bois se clairsème. Les aiguilles acidifient et appauvrissent le sol qui n’accueille plus ni fleurs, ni taillis. D’accord, ça se voit de loin et l’élu local peut poser devant
pour la photo.
Au total, une fois 1000 emplois, ce n’est jamais qu’un gros arbre dans le paysage. Et s’il y a une tempête, l’arbre se déracine
et ça fait un grande trouée au sol…

Par contre, si on plante 1000 petites pousses d’un emploi, à terme, ça peut faire une forêt.

Mais ça demande beaucoup plus de travail de terrain, d’identification des besoins des habitants, d’appui à l’installation, d’accompagnement des créateurs : tout un patient travail
de fourmi. Et cela suppose aussi des services publics adaptés pour jardiner toute cette vie en promesses : d’où l’idée d’une Maison de l’Emploi et du développement qui puisse
fédèrer au niveau de l’agglomération de Cergy-Pontoise toutes les institutions existantes pour constituer un lieu propice à l’éclosion des initiatives… Mais c’est lent, c’est chaotique,
ça ne se voit pas tout de suite. Une politique de petits pas, à l’inverse des grands pas de géant de feu Mirapolis. Beaucoup plus d’énergie humaine en écoute et en accueil, beaucoup
moins de consommation de flux, beaucoup plus de convivialité, beaucoup moins de déplacements polluants, beaucoup moins de fatigue et de temps perdu dans les transports. Et au moins,
c’est de la production locale, ces acteurs-là ne s’échapperont pas une fois les subventions empochées et les effets de manche passés.
Ne pas oublier les travailleurs…
Si nous quittons le point de vue des entreprises, pour considérer cette fois l’autre bout de la chaîne, les habitants de
Cergy-Pontoise en âge d’activité – ceux qui sont au travail ou qui en recherchent un - la politique mise en œuvre par le maire sortant est également fort
contestable. Hélas, il commet la même erreur que bien d’autres : se centrer sur la seule partie émergée de l’iceberg des actifs - les chômeurs- et sur les moyens d’assurer leur
insertion. Je suis tout à fait réservée sur une stratégie simpliste qui consiste à demander le plus d’efforts aux plus fragiles. C’est ce que j’ai appelé le « syndrome de
Figaro ». On se souvient de la phrase de celui-ci déclarant à son maître : « Aux vertus que l’on exige des domestiques, son excellence connaît-elle beaucoup
de maîtres dignes d’être valets ? » Pour parodier cette phrase, aux vertus que l’on exige des chômeurs, des jeunes sans qualification, des femmes seules obligées de
retravailler, connaît-on beaucoup d’actifs déjà occupés capables d’atteindre les exigences que l’on réclame à ces demandeurs d’emplois ? Demande–t-on aux personnes en poste de
prouver leur « motivation » chaque matin ? D’aller au boulot en chantant ? D’avoir en perspective un « objectif professionnel» clair, décliné en
sous-objectifs avec des étapes à franchir ciblées dans le temps ?
Compter sur les seuls chômeurs pour créer leur emploi est à la fois un problème éthique (demander le plus d’effort aux plus faibles)
et économique. Quand un demandeur créé son emploi, dans un cas sur 2, il échoue. Dans la moitié des cas restants, il crée seulement son propre poste. Or, c’est au deuxième emploi qu’il
y a perspective de développement. Un cas réussi sur 4, pour une énergie considérable… Sans compter les risques de casse humaine grave : les 50% qui se plantent tombent généralement
plus bas qu’avant.
Sans vouloir écarter cette stratégie, je préfère privilégier une solution alternative basée sur « un détour productif. » A cette politique cynique qui met les plus fragiles
dans les situations les plus exposées, je préfère la méthode , qui constitue un système à double étage. Il s’agit de s’inspirer de l’action d’un personnage de la Bible, le roi Gédéon,
dont le royaume était menacé par 3000 philistins. Il décida de choisir 300 super-guerriers triés sur le volet, à qui il dispensa les meilleurs entraînements et leur offrit les meilleurs
chevaux et les armes les plus perfectionnées. Et ces 300 hommes aguerris encadrant les autres battirent les 3000 philistins.
Il y a parmi les travailleurs occupés de notre agglomération des citoyens qui ont un haut niveau de conscience sociale, un carnet
d’adresses, des compétences et une reconnaissance professionnelle. Les innovations sociales naissent de citoyens « insérés » qui tentent de mettre en œuvre des solutions pour
leur territoire. C’est ainsi que Raymonde MARCHADOUR (issue des parents d’élèves et de groupes femmes) et son mari René (militant CFDT) soucieux de répondre aux questions d’exclusion,
ont créé le Maillon, une association qui s’occupe chaque année de plusieurs centaines de personnes en difficulté (et dont notre maire voudrait maintenant s’attribuer la paternité).
C’est ainsi que Patrice et Charo SAUVAGE et moi-même avons créé en 1991 l’associaation ALICE qui a accompagné 600 chômeurs en 2007. Je crois à l’importance des germes d’initiatives
portées par des entrepreneurs issus de la société civile et aux « entreprises collectives » qui peuvent en naître. C’est ce qu’on appelle l’économie solidaire. A la différence
du chômeur qui créé son auto-emploi, ces porteurs de projets mieux armés créent des activités plus grosses à la naissance (6 à 7 emplois en moyenne) et qui durent plus longtemps. Elles
peuvent tirer par le haut en les embauchant d’autres personnes, moins qualifiées et moins armées sur le plan professionnel. De même, en matière de services à la personne, une
association qui embauche des aides à domicile fournit beaucoup plus d’emplois et moins précaires à ses salariés que la personne âgée qui embauche une aide rémunérée par des chèques
emploi-service et à sa mort, laisse son employée en rade.
Pour reprendre l’exemple précédent de la forêt, il faut une diversité biologique des types d’activités. Un tissu économique est plus
solide, s’il est composé d’entreprises de taille diverses, portées par plusieurs sortes d’entrepreneurs. Et surtout, il faut entretenir ce paysage vivant en veillant à son
renouvellement. En travaillant exclusivement sur les deux extrémités de la chaîne, sans veiller à la richesse des situations intermédiaires, on se focalise dans la grande entreprise
située l’économie pure et très peu enracinée localement (exemple typique : le fonds de pension britannique qui gère les 3 Fontaines..) et de l’autre, on cantonne les personnes les
plus éloignées de l’emploi dans l’aide sociale, sans parvenir à les faire accéder au bout du parcours d’insertion, avec le risque que ces deux mondes ne se rencontrent jamais. Le
développement durable, c’est justement l’intersection du social et de l’économie.
L’emploi, c’est d’abord une relation, une rencontre heureuse entre des entrepreneurs et une main-d’œuvre sur un territoire. Les
stratégies doivent donc être plurielles, complexes et à long terme. Le contraire d’une politique à courte vue, centrée sur les effets d’image. Une forêt de pousses diversifiées, c’est
tellement plus écologique, tellement plus durable.
La politique vert espérance contre la politique « bling-bling », mon choix est fait !
Jacqueline LORTHIOIS
(1) C’est pourquoi je suis fort réservée sur la solution du micro-crédit « ADIE » que veut généraliser M. SIBIEUDE. Cet organisme réclame des cautions
solidaires aux personnes de l’environnement du créateur, qui mettent un point d’honneur à rembourser pendant des années en cas d’échec. Alors que les outils financiers solidaires
effacent la dette, soucieux de ne pas enfoncer davantage celui qui cesse son activité.
(2) Ce nom a été donné par un spécialiste du développement local Hugues de Varine, avec qui j’ai longtemps travaillé.