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Publié par Martine

Pour ma rubrique "la tribune des lecteurs", Michel DECOBERT un lecteur de Cergy a écrit un texte qu'il partage ci-dessous avec vous aujourd'hui

Langage en perdition

 

Au gré de mes échanges dans divers quartiers de ma ville - et plus particulièrement avec des habitants appartenant aux deux générations qui me précèdent- je fus fréquemment navré de constater l’emploi d’une syntaxe fantaisiste et d’un vocabulaire réduit semé d’expressions passe-partout (c’est cool, pas d’problème, j’veux dire, y m’prend la tête, c’est génial) révélatrices de l’appauvrissement, voire de l’effondrement de notre langue.

Or, notre langue reste notre patrimoine, un monde parlé partagé, un lien social indispensable à l’éviction de toute exclusion synonyme d’une progression des inégalités.

L’Inspecteur général ROUCHETTE avait-il  prévu ce dévoiement lorsque, sous son égide, fut promulguée en 1972 la réforme de l’apprentissage du français à l’école ? Avait-il  prévu qu’une succession de réformes et d’innovations pédagogiques fantaisistes, de consignes jargonnantes  conduiraient  cette école à laisser progresser le bannissement d’un langage construit au profit d’une expression spontanée, non enrichie par une acquisition progressive et un usage répété d’un vocabulaire et d’une grammaire taxés récemment  de surannés par quelques « pédagogistes » égarés proches de madame la Ministre de l’éducation nationale ?

Il est inquiétant de constater que notre langue, malmenée par l’addiction au téléphone portable et à ses dérivés,  par un vocabulaire médiatique en lequel  le barbarisme flirte allégrement avec le néologisme, creuse l’inégalité.  Si celle dite des quartiers étend sa prééminence, imprégnée d’une pauvreté synonyme de relégation, que font actuellement les rédacteurs des programmes scolaires peu soucieux de l’apprentissage du langage et plus enclins  à l’imposition discutable d’une réforme du collège pour enrayer ce déclin ? Cet abandon tend à diviser alors que le parler et l’écrit se devraient d’apprendre à formuler clairement sa pensée afin de se construire en qualité de citoyen.

Une langue vit ; évolution naturelle. Mais lorsqu’elle cesse d’être initiation à la logique et que son usage témoigne d’une asthénie chronique, il y a nécessité à soigner la malade. Se trouvera-t-il des praticiens? Nous n’en manquons pas, mais  encore faudrait-il qu’ils fussent mobilisés et…motivés.

 

Michel DECOBERT

Directeur général honoraire A.I.S.

photo pixabay

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hellebore95 31/03/2016 19:29

Je suis tout à fait d'accord avec ce Monsieur et je déplore que l'on "abîme" ainsi notre belle langue, fleuron de notre patrimoine culturel. Déjà que certaine méthode d'apprentissage de la langue a fait pas mal de dégâts chez nos jeunes, ( voir les fautes de français et d'orthographe !), alors si en plus on y mêle ces expressions tronquées...
Je suis amoureuse de la belle langue française et regrette, également, que ces expressions prennent possession de la poésie. Quel désastre !
MERCI pour cet article et Bisous. Coryphee

Martine 26/03/2016 05:30

Bonjour Martine,

Je suis , mais alors, à 100% d'accord avec ce monsieur. C'est un crève coeur que de voir notre magnifique langue si malmenée, voire méprisée par une certaine "élite".
Les médias ont leur part dans ce naufrage. Mes oreilles n'en peuvent plus parfois en les écoutant. Grrrr

En dépit de tout ça, je te souhaite une bonne journée chère Martine
Bises

covix 25/03/2016 16:16

C'est un peu vrai, mais le ministère n'est pas responsable de la décadence du langage, de l'écrit du français. C'est le bourrage de crâne à longueur de journée par nos médias qui jouent aux savants en éructant des mots, des abrégés, du franglais idiot alors que notre vocabulaire regorge de mots dignes d'être usités.
Pour ma part, j'aime à écouter, lire le français par les africains, l'articulation, les mots justes à leur place, là est sans doute l'art de la langue.
Bonne journée
Bonne Pâques.
Bises

Marc 25/03/2016 10:18

Tout-à-fait d'accord sur ce constat navrant, et sur la dramatique perte de sociabilité et d'intelligence du monde qu'entraînent ces langages limités et stéréotypés.
En revanche, en attribuer exclusivement la cause à l'école, à de prétendues doctrines qualifiées de « pédagogistes » (la pédagogie est sans doute quelque chose qui ne saurait avoir sa place dans l’éducation ; et j’omettrai par charité l’accusation extrêmement grave de proximité avec « madame la Ministre de l’éducation nationale »), est un peu court si ce n'est carrément infondé..
Pas un mot sur l'environnement médiatique d'aujourd'hui, sur le lavage de cerveau que représente l'absorption quotidienne de plusieurs heures de séquences télévisées, sur les effets mimétiques de cette course à la poursuite de normes (d'habillement, notamment) induites par les publicités aliénantes et envahissantes, sur le repli sur soi entraîné par l'exaspération (d'autant plus insupportable que l'objet n'est pas atteignable) d’une consommation effrénée présentée comme le seul but à l’existence… Effectivement, pour un tel monde, nul besoin de langage élaboré ni de syntaxe correcte. Quant au modèle parental, lorsque les référents sont eux-mêmes porteurs des pseudo-valeurs du système consumériste et fondamentalement égoïste, comment pourrait-il ne pas valider la banalisation de ces langages primaires mais utilitaires ?
Enfin, il serait utile, plutôt que de condamner notre système scolaire (qui est, certes, loin d’être exemplaire - mais ce n’est pas une raison pour jeter le bébé avec l’eau du bain), de se donner les moyens d’arrêter de générer cette forte certitude d’être exclus que partagent les personnes qu’on découvre incapables - quelle surprise ! - de s’exprimer avec nos normes culturelles quelque peu élitistes.
L’humanité, c’est l’inclusion, pas l’exclusion..

Quichottine 25/03/2016 09:09

Comment ne pas être d'accord avec lui...?
J'espère que nous reviendrons bientôt à une école qui sache élever au lieu de niveler par le bas.
Merci pour ce partage.